L’impact du terrorisme sur l’économie du Burkina Faso
- Ewahel Azevedo
- il y a 2 jours
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Selon l’indice mondial du terrorisme en 2024, le Burkina Faso faisait partie des dix pays les plus touchés par le terrorisme dans le monde. En effet, depuis une dizaine d’années, le Burkina Faso fait face à des vagues d’attaques menées par des groupes armés, affiliés notamment à l'État islamique. Si ce phénomène engendre de lourdes répercussions humanitaires, il est aussi à l’origine de la fragilisation de l’économie du pays. De nombreux secteurs économiques sont désormais touchés, ce qui aggrave également la pauvreté au sein des populations locales.
Tout d’abord, la montée du terrorisme au Burkina Faso a fortement perturbé la production agricole et l’approvisionnement des marchés, mettant en péril la sécurité alimentaire ainsi que les revenus des agriculteurs et des éleveurs. Le secteur agricole, qui emploie plus de trois quarts de la population burkinabè et dont la contribution au Produit Intérieur Brut (PIB) est significative, est un pilier de l’économie du pays. Son affaiblissement fragilise donc d’autant plus l’État.
Aujourd’hui, plus de 500 villes rurales sont actuellement sous le contrôle de groupes armés. Ces derniers empêchent l’approvisionnement des villes et rendent les échanges commerciaux presque impossibles dans certaines régions, notamment avec les pays transfrontaliers. Les attaques terroristes ont eu pour conséquence le déplacement de millions de personnes. Depuis 2016, on estime à 2.5 millions le nombre de citoyens burkinabés s’étant réfugiés à l’intérieur du pays, soit l’équivalent de 11% de la population totale, un chiffre en constante augmentation. Derrière eux, les réfugiés abandonnent leurs champs et leurs cultures. En 2022, près de 40% des terres arables étaient inutilisées dans les zones les plus sévèrement touchées par les conflits. Cela a entraîné, au fil du temps, la chute de la production de céréales tels que le mil, le sorgho ou le maïs. Ces céréales étant la principale source de nourriture pour le bétail, l’élevage et la production de lait ont aussi fortement diminué. Les pertes de l’ensemble de ces denrées, pourtant essentielles à la survie des populations locales, sont à l’origine d’une flambée des prix et d’une inflation spectaculaire. La famine s’est donc progressivement installée, renforçant la malnutrition déjà présente au Burkina Faso, en particulier chez les enfants et les personnes les plus vulnérables.
Le terrorisme a également profondément affecté le secteur touristique au Burkina Faso. Depuis 2019, le nombre de visiteurs étrangers a chuté de plus de 80%, un déclin dramatique qui a conduit à la fermeture de nombreux sites emblématiques, tels que des musées ou des réserves naturelles, à l’instar du Parc national d’Arly. Des milliers de travailleurs ont perdu leur emploi, notamment dans le secteur de l’hôtellerie. La perte de recettes générées par les activités touristiques au Burkina Faso a alors eu des conséquences négatives sur l’économie nationale.
Dans le même temps, les services publics ont aussi été touchés par la crise. Les dépenses publiques liées à la sécurité intérieure ont drastiquement augmenté. Depuis 2016, plusieurs centaines de milliards de FCFA ont par exemple été investis dans la lutte anti-terroriste et dans des opérations militaires. Cette réallocation des fonds a déstabilisé les services de santé. Le manque de moyen a en effet considérablement limité l’accès aux soins pour l’ensemble de la population du pays. La situation s’est aggravée avec le retrait de nombreuses organisations humanitaires internationales dont Schola Africa, en raison de la menace terroriste.
Enfin, la situation géopolitique a considérablement affaibli le secteur de l’éducation. Dans les zones les plus touchées par les combats, plus de 3000 établissements scolaires ont été fermés. Néanmoins, si les membres de notre association ne sont plus en mesure d’assurer leurs trois missions annuelles au Burkina Faso du fait des risques encourus, nous collaborons toujours de près avec Karim Gomina. Cofondateur de Schola Africa et ancien directeur d’école burkinabè, il continue de faire prospérer nos actions à l’aide des fonds que nous lui envoyons régulièrement. À l’exception de l’école de Samadougou, Karim Gomina peut toujours se rendre dans l’ensemble de nos écoles d’intervention.
En résumé, le terrorisme a provoqué des dommages considérables tant sur le plan économique que social. La diminution des recettes du tourisme, l’augmentation des dépenses en sécurité et la fragilisation des services publics ont exacerbé les difficultés du pays. Les populations locales sont les premières victimes directes de ce conflit. Elles doivent faire face à une crise alimentaire sans précédent, en plus de l’insécurité quotidienne due à la menace terroriste.
Face aux défis imposés par le terrorisme au Burkina Faso, l’éducation reste une arme puissante contre l’isolement et la pauvreté. C’est en garantissant un accès à l’école et à la formation professionnelle que nous donnons aux générations futures les moyens de reconstruire un pays plus stable et prospère. Ce combat pour le savoir est plus essentiel que jamais.



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